Le premier soir dans le désert, on croit toujours qu'on va dormir sous les étoiles. On finit en train de se demander si ce bruit, juste derrière la dune, c'est le vent ou un scorpion. Puis on dort. Profondément. Parce qu'on a marché huit heures dans le sable et que le corps n'a plus le luxe de faire le difficile.
Je vous donne mes conseils pour un premier trek dans le désert marocain comme je les aurais voulus avant mon premier départ : sans lyrisme, avec les détails qui piquent. J'ai marché dans le Tafilalet, dans le secteur du Chegaga, j'ai vu des débutants rentrer épuisés et d'autres émerveillés. La différence ne tenait pas au niveau sportif. Elle tenait à la préparation, au choix du format, et à trois ou quatre erreurs d'équipement que je vais vous détailler.
Points clés à retenir
- Un trek réussi commence par le format : 3 jours de marche avec bivouacs mobiles est un bon premier palier, 2 jours suffit si vous voulez tester.
- L'hydratation est le seul sujet non négociable : 4 à 5 litres d'eau par personne et par jour en marche, portés par les dromadaires, pas par vous.
- Les pieds font échouer plus de treks que les jambes : chaussures déjà rodées, deux paires de chaussettes, jamais de chaussures neuves.
- La meilleure période va d'octobre à avril. L'été n'est pas difficile, il est dangereux.
- On part avec un guide local et on paie ce qui est dû. C'est la meilleure précaution santé du voyage.
Comment se préparer à un trek dans le désert marocain : la partie qu'on sous-estime
La préparation physique, c'est 20 % du sujet. Les 80 % restants, c'est la logistique et le format que vous choisissez.
Un trek dans le désert marocain, ça se joue d'abord sur la distance journalière. Un débutant marche confortablement 4 à 5 heures par jour, soit 12 à 15 kilomètres sur du sable, en terrain rarement plat. Au-delà, on ne profite plus, on subit. J'ai vu un groupe annoncer fièrement 25 km quotidiens pour un premier trek. Le troisième jour, trois personnes sur six étaient dans le 4x4 de récupération avant midi.
Combien de jours pour un premier trek ?
Trois jours, c'est le format que je recommande à presque tous les débutants. Assez long pour ressentir le rythme du désert, assez court pour ne pas transformer l'émerveillement en calvaire. Quatre jours fonctionne aussi si vous êtes à l'aise en randonnée. Deux jours, c'est un test : une nuit dans le désert sous tente berbère, une marche au lever du soleil, et vous saurez si l'aventure longue vous tente. C'est aussi un excellent choix si votre temps au Maroc est limité à une semaine.
Faut-il être un grand sportif ?
Non. Il faut pouvoir marcher quatre heures d'affilée sans s'écrouler, ce qui est le cas de la plupart des gens qui bougent un peu dans leur vie. Ce qui pèse vraiment, c'est le sable : le pied s'enfonce, chaque pas coûte un peu plus qu'un pas sur sentier. Une bonne préparation consiste simplement à faire deux ou trois randonnées de 10 à 15 km dans les semaines qui précèdent. Et à ne pas partir en pleine chaleur.
Quelle est la meilleure période pour partir ?
D'octobre à avril, avec une préférence pour novembre, février et mars. Les nuits sont froides en décembre-janvier, parfois proches de zéro dans le secteur du Chegaga, et il faut un vrai duvet. Le printemps, quand les pluies ont été généreuses, apporte des traces de végétation et des températures clémentes. Quant à l'été : non. Ce n'est pas une question de confort. On parle de chaleurs qui rendent la marche longue dangereuse même pour les habitués, et le Maroc a connu de fortes vagues de chaleur récentes. Un guide sérieux refusera de partir à cette saison.
Quel équipement dois-je prendre pour un trek dans le désert ?
Voici la liste qui m'a servi, testée sur deux treks différents. Elle tient dans un sac de 40 litres, et le reste part sur les dromadaires.
- Chaussures de marche déjà rodées : au moins 50 km au compteur avant le départ. Chaussures neuves, ampoules garanties.
- Deux paires de chaussettes par jour de marche (pas une) : on change à midi, les pieds sèchent, les ampoules disparaissent.
- Un chapeau à large bord et des lunettes de soleil catégorie 4 : la lumière du désert n'est pas celle de la plage.
- Crème solaire indice 50 et baume à lèvres : les lèvres craquent en deux jours sans ça.
- Une gourde de 1,5 litre minimum et, mieux, une poche à eau. Boire toutes les 20 minutes sans y penser.
- Duvet adapté à la saison : chaud et compact en hiver, plus léger au printemps. Un drap de sac en soie fait une bonne couche intermédiaire.
- Une frontale : on ne le dit jamais assez, la nuit tombe vite et il n'y a pas de lampadaires à l'horizon.
- Un foulard ou une chèche : pour le vent de sable, la tête, la nuque, le visage. C'est aussi ce qui vous sauvera en cas de tempête de sable.
Ce que j'ai oublié la première fois, et qui m'a coûté cher : des sacs plastiques ou une housse étanche pour le téléphone et les papiers. Le sable entre partout, et une tempête peut arriver sans prévenir. Et une deuxième chose : un peu de lessive en poudre. Trois jours de marche dans le désert, ça veut dire des vêtements qui ne sentent pas très bon au troisième soir.
Sécurité et santé : les points absents des brochures
Une question que l'on m'a posée récemment : « mais il y a des scorpions ? ». Oui. Ils sortent surtout la nuit, et ils ne cherchent pas la bagarre. Le bon réflexe est simple : secouer les chaussures avant de les enfiler le matin, ne jamais marcher pieds nus la nuit, et fermer sa tente. Mon guide, un jour, a trouvé un scorpion dans une chaussure laissée dehors. Personne n'a été piqué. Tout le monde a retenu la leçon.
L'hydratation, le vrai sujet
Comptez 4 à 5 litres d'eau par personne et par jour en marche, dont une partie pour la cuisson et la toilette sommaire. Cette eau est transportée par les dromadaires ou le véhicule d'accompagnement : vous ne devez jamais porter vos litres sur le dos. Attention au piège classique : on boit beaucoup le matin, on oublie l'après-midi, et le coup de chaleur arrive en fin de journée, quand on ne fait plus attention.
Que mettre dans sa trousse de premiers secours ?
- Des pansements pour ampoules (le fléau numéro un)
- Un antiseptique et du désinfectant
- Des comprimés contre la diarrhée et un antispasmodique
- Un anti-inflammatoire, un antalgique
- De la crème pour les brûlures légères
- Une petite pince à épiler (épines, échardes, parfois plus)
À savoir : la couverture réseau est quasi inexistante dans les zones de bivouac. Prévenez vos proches avant le départ et demandez au guide quel est son moyen de contact d'urgence. Un guide compétent a un téléphone satellite ou connaît le point de relais le plus proche. Posez la question avant de réserver, pas le soir du départ.
Quelles sont les choses à ne pas faire au Maroc ?
En trek, les erreurs de comportement coûtent souvent plus cher que les erreurs techniques. En voici quelques-unes, tirées de ce que j'ai observé.
- Ne pas payer le juste prix au guide ou à l'agence locale. Un tarif ridiculement bas se paie ailleurs : en nourriture, en sécurité, en matériel. La négociation agressive sur un trek de trois jours, c'est de la fausse économie.
- Ne pas respecter les usages locaux. On vouvoie, on salue, on demande avant de photographier des personnes. Pour les femmes : tenue couvrante (pantalon, manches longues), c'est plus confortable physiquement et plus respectueux socialement.
- Ne pas jeter ses déchets dans le désert. Un sac poubelle dans le sac, on redescend tout, y compris les lingettes.
- Ne pas partir seul sans guide sur un itinéraire que vous ne connaissez pas. Le désert ne pardonne pas l'improvisation : les pistes se ressemblent, l'orientation est trompeuse, et la chaleur déshydrate plus vite qu'on ne le croit.
- Ne pas boire l'eau du robinet ou des puits sans précaution, même dans les villages. Eau en bouteille ou pastilles de purification pour la randonnée.
- Ne pas ignorer les règles de sécurité de l'agence. Si un guide refuse de partir à cause de la météo ou de la chaleur, il a raison. Ne discutez pas.
Un dernier point, souvent oublié : ne pas donner de bonbons ou d'argent aux enfants rencontrés sur les pistes. C'est une pratique qui déstructure et qu'on regrette en tant que voyageur. Préférez un soutien aux familles via le guide ou l'agence.
Comment puis-je faire un trek dans le désert marocain ?
Concrètement, trois options s'offrent à vous, et elles ne se valent pas pour un débutant.
| Option | Ce que ça donne | Pour qui |
|---|---|---|
| Excursion 2 jours / 1 nuit sous tente | Transfert en 4x4, courte marche, nuit en bivouac fixe | Test rapide, voyage court |
| Trek 3 jours avec dromadaires | Marche 4 à 5 h/jour, bivouacs déplacés, portage animal | Premier trek, la formule la plus équilibrée |
| Trek 4 jours et plus | Rythme plus soutenu, immersion longue | Débutants sportifs ou déjà randonneurs |
Agence internationale ou guide local ?
Les deux fonctionnent. L'agence internationale coûte plus cher mais gère les transferts, l'assurance et la logistique de bout en bout. Le guide local, ou l'agence basée sur place, est moins onéreuse et connaît le terrain mieux que personne. Le point critique : vérifiez que le guide est bien celui qui marche avec vous, et non un sous-traitant rencontré à l'arrivée. Demandez une estimation claire du nombre de marcheurs par guide, et du matériel fourni (tentes, tapis, repas).
Pour un premier trek, dans le secteur du Chegaga ou du Tafilalet, comptez trois jours pour un budget raisonnable tout compris, transferts depuis Marrakech ou Ouarzazate inclus. C'est une fourchette, elle varie selon la saison, le nombre de participants et le confort des bivouacs.
À quoi ressemble une journée type ?
Réveil vers 6 h 30, petit-déjeuner, démontage du camp. On marche trois heures le matin, on s'arrête à l'ombre pour le déjeuner et la sieste, on repart en fin d'après-midi. On arrive au bivouac vers 17 h, on monte les tentes, on regarde le soleil descendre. Le soir, repas simple, thé, et le silence. Ce rythme, avec la pause méridienne, évite les heures les plus chaudes. C'est aussi ce qui rend la marche supportable sans être un athlète.
Ce qui reste après trois jours
On rentre avec du sable dans les chaussures et une drôle d'impression : le silence du désert ne ressemble à aucun autre, et il met du temps à quitter la tête. Ce que je retiens de mon premier trek, ce n'est pas la performance. C'est le thé vers 20 h, le froid de la nuit, et cette conversation avec le guide sur le nom des dunes qu'on venait de traverser.
Alors préparez vos pieds, votre eau et votre chèche. Le reste, le désert s'en occupe. Et si vous hésitez encore entre deux et trois jours, prenez trois : vous ne regretterez jamais une nuit de plus sous les étoiles, vous regretterez parfois une nuit de moins.