J'ai atterri à Keflavík un 12 février, à 15 h 40. À 16 h 10, il faisait nuit noire. Voilà ce que personne ne m'avait dit avant mon premier voyage en Islande : ici, ce n'est pas le froid qui te surprend, c'est la lumière. Ou plutôt son absence. J'avais réservé mon billet en trois clics en pensant "paysages de fou, aurores boréales, photo de profil Instagram garantie". J'ai passé les deux premiers jours à chercher le soleil comme un idiot.
Depuis, j'y suis retourné quatre fois. Été, hiver, entre-deux. Et j'ai compris une chose : la question "que faire lors d'un premier voyage en Islande" n'a pas une seule réponse. Elle en a deux, radicalement différentes selon la saison. La plupart des guides te vendent le Cercle d'Or et la Route 1 comme si c'était un menu unique. C'est faux, et ça m'a coûté 400 € en réservations non remboursables la première fois.
Points clés à retenir
- Un premier voyage se joue sur une seule décision structurante : été ou hiver. Tout le reste en découle.
- Comptez 200 à 250 € par jour tout compris à deux, hors vol. L'Islande n'est pas chère "un peu", elle est chère beaucoup.
- Le Cercle d'Or se fait en une journée depuis Reykjavik. Ne le cassez pas en trois.
- Réservez hébergement et voiture 3 à 6 mois à l'avance pour l'été. Sinon, vous payez le double.
- Le 112 est le numéro d'urgence unique. Mémorisez-le avant de partir.
- Vérifiez road.is et vedur.is chaque matin. Sans exception.
Que faire lors d'un premier voyage en Islande : trancher d'abord la question de la saison
Bon, je vais être direct : si vous ne retenez qu'une chose de cet article, que ce soit celle-là. Été ou hiver ? Ce n'est pas une nuance de confort. C'est deux pays différents.
Islande en été ou hiver : ce qui change vraiment
En été, le soleil ne se couche quasiment pas. Fin juin à Reykjavik, il fait jour vers 3 h et il fait encore clair à minuit. Résultat concret : vous pouvez rouler à 23 h, visiter une cascade à 22 h 30, et enchaîner des journées de 16 heures d'activité. C'est épuisant, mais grisant.
En hiver, l'inverse. Quatre à cinq heures de lumière utile en décembre. Les routes intérieures, les F-roads, sont fermées. Certains sites du nord deviennent inaccessibles sans guide. Mais vous avez les aurores boréales, les grottes de glace, et des paysages que personne ne photographie correctement parce que tout le monde est en été.
Un chiffre pour situer : selon l'Office du tourisme islandais (Ferðamálastofa), environ 80 % des visiteurs viennent entre mai et septembre. Traduction : en juillet, vous n'êtes jamais seul. À Geysir, j'ai compté 6 bus stationnés simultanément. Six. Sur un site qui fait la taille d'un terrain de foot.
Alors, quand partir ?
Mon avis, et je l'assume : fin juin ou début septembre pour un premier voyage. Vous avez la lumière, les routes ouvertes, les puffins encore présents en juin, et vous évitez le pic absolu de juillet-août.
L'hiver, gardez-le pour un deuxième ou troisième séjour. Pas parce que c'est moins beau. Parce que si c'est votre toute première fois, vous allez passer plus de temps à gérer la logistique qu'à profiter.
Les incontournables d'un premier voyage (et comment les faire sans la foule)
La question classique. Voici ma version, avec l'angle que les guides oublient : le timing.
Quelles sont les 10 choses incontournables à faire en Islande ?
Réponse directe, dans l'ordre où je les conseille pour un premier séjour :
- Le Cercle d'Or : Þingvellir, Geysir, Gullfoss. Une journée, pas trois.
- Les cascades du Sud : Seljalandsfoss et Skógafoss. La première se contourne par l'arrière, prévoyez un imperméable.
- La plage de sable noir de Reynisfjara. Sublime, et dangereuse : les vagues de sneaker waves tuent. Restez loin de l'eau.
- Le lagon glaciaire de Jökulsárlón et sa plage de Diamonds.
- Reykjavik : Hallgrímskirkja, le port, une soupe de mouton (kjötsúpa) par jour de pluie.
- Une randonnée courte quelque part. Pas besoin d'un trek de 3 jours pour comprendre le pays.
- Un bain géothermal. Le Blue Lagoon si vous voulez le classique, mais je préfère de loin la Secret Lagoon ou une piscine municipale de quartier.
- Le glacier Sólheimajökull, accessible en excursion guidée depuis la route 1.
- Le cercle de Snæfellsnes, si vous avez 2 jours de plus. L'Islande en miniature.
- Une soirée aurores boréales si la saison le permet (septembre à mars).
Ce qui manque dans cette liste par rapport à ce que vous trouverez partout ailleurs ? Rien de neuf côté sites. La différence est ailleurs.
Le Cercle d'Or : ne le faites pas comme tout le monde
Tout le monde part de Reykjavik vers 9 h. Tout le monde arrive à Þingvellir à 10 h. Tout le monde se retrouve à Gullfoss à midi avec 30 bus.
Faites l'inverse. Partez à 6 h du matin en été. Ou partez à 13 h et finissez à 21 h, quand la lumière décline et que les groupes remontent vers la capitale. J'ai fait le Cercle d'Or trois fois. La fois où j'ai le plus aimé, c'était en partant à 14 h. Gullfoss au coucher du soleil, avec peut-être quinze personnes au total.
Visiter l'Islande en 7 jours : le seul itinéraire que je recommande
Une semaine, c'est court. Ne tentez pas le tour complet de la Route 1 (1 332 km). Vous passerez votre temps en voiture.
| Jour | Zone | Ce qu'on y fait |
|---|---|---|
| 1 | Reykjavik | Arrivée, récupération voiture, ville, dîner |
| 2 | Cercle d'Or | Þingvellir, Geysir, Gullfoss, nuit vers Selfoss |
| 3 | Côte sud | Seljalandsfoss, Skógafoss, Reynisfjara, nuit à Vík |
| 4 | Sud-est | Jökulsárlón, Diamonds Beach, retour ou nuit à Höfn |
| 5 | Retour ouest | Glacier Sólheimajökull en excursion, Golden Circle bis |
| 6 | Snæfellsnes | Boucle complète de la péninsule |
| 7 | Reykjavik | Blue Lagoon ou Secret Lagoon, retour aéroport |
Alternative : vous pouvez aussi rester 7 jours sur la côte sud + Reykjavik, sans monter au nord. C'est ce que je conseille à quelqu'un qui déteste conduire longtemps. L'Islande du Sud concentre à peu près tout ce que les gens viennent chercher.
Le budget réel d'un premier voyage (l'angle que personne ne donne)
Je n'ai trouvé aucun guide français qui ose donner des chiffres précis avant mon premier départ. Alors voilà les miens, vérifiés sur quatre séjours.
Combien ça coûte, concrètement
Pour deux personnes, hors vol, en été, en road trip de 7 jours :
- Location de voiture (SUV compact, 7 jours, assurance gravel incluse) : 700 à 950 €.
- Essence : comptez 90 à 130 € pour un itinéraire Sud + Cercle d'Or. L'essence coûte environ 2 € le litre.
- Hébergement : 130 à 220 € la nuit en chambre double avec salle de bain privée. Beaucoup moins en auberge, mais les auberges islandaises sont chères pour ce que c'est.
- Repas : un plat au restaurant coûte 25 à 40 €. Un sandwich en station-service, 10 €. Une bière en bar à Reykjavik, 9 à 12 €.
- Excursions : 100 à 150 € par personne pour une sortie glacier ou une grotte de glace.
Total réaliste : 2 500 à 3 500 € à deux pour une semaine, vol non compris. Si vous lisez "l'Islande pour 1 000 € par personne", méfiez-vous. Soit ils dorment en tente sous la pluie, soit ils comptent mal.
Mon astuce qui a changé mes voyages : les stations-service islandaises (N1, Orkan) vendent des sandwichs, des skyr et des fruits corrects. Un pique-nique au pied d'une cascade à 8 € vaut mieux qu'un plat à 35 € dans un restaurant touristique bondé.
Les erreurs que j'ai faites (et que vous allez probablement faire)
Le pire, c'est que je les ai toutes commises. La première fois, j'ai réservé ma voiture 10 jours avant le départ. Mauvaise idée.
Erreur n°1 : réserver trop tard
En juillet, les SUV corrects partent 3 mois à l'avance. J'ai fini avec une petite citadine à 890 € pour 6 jours — plus cher et moins adaptée. En été, réservez 3 à 6 mois avant. En hiver, 2 mois suffisent généralement.
Erreur n°2 : sous-estimer les distances
Reykjavik–Jökulsárlón, c'est 380 km. Sur le papier, ça semble faisable en une journée tranquille. Sauf que vous allez vous arrêter 15 fois. Sauf que la limite est à 90 km/h sur la plupart des routes. Sauf qu'il y a des moutons qui traversent (vraiment).
Règle empirique que je suis maintenant : maximum 250 km par jour en été si vous voulez vraiment profiter. En hiver, 150.
Erreur n°3 : s'aventurer sur une F-road sans savoir
Les F-roads sont des pistes intérieures. La plupart exigent un 4x4, certaines exigent un vrai 4x4 avec garde au sol élevée, et votre assurance ne couvre presque jamais les dégâts sur ces routes. La location d'une "assurance gravier" ne suffit pas si vous noyez la voiture dans un gué. Certains contrats excluent aussi explicitement les dommages causés par le sable volcanique, ou en cas de conduite par grand vent avec ouverture de portière.
Je n'ai jamais tenté une F-road sérieuse. Et je vais très bien.
Erreur n°4 : croire à la météo de la veille
En Islande, "il fait beau" dure deux heures. Prévoyez toujours une couche imperméable, même en juillet. J'ai vu du soleil, de la pluie, du grésil et du vent à 80 km/h dans la même après-midi, à Vík.
Deux sites web que vous devez mettre en favori avant de partir :
- vedur.is : météo et alertes.
- road.is : état des routes en temps réel.
Consultez-les chaque matin. Sans exception. Je ne plaisante pas.
Erreur n°5 : ignorer les règles de sécurité
Le 112 est le numéro d'urgence unique en Islande. Mémorisez-le avant de décoller.
Sur les sites naturels, les panneaux ne sont pas décoratifs. À Reynisfjara, les vagues de sneaker waves surgissent sans prévenir et ont tué des touristes. Les geysers brûlent. Les falaises s'effritent. Les glaciers cachent des crevasses.
Et respectez les zones balisées. En Islande, marcher hors sentier peut détruire une végétation qui met des décennies à repousser. C'est une île, pas un parc d'attractions.
Au-delà du Cercle d'Or : ce que peu de gens font vraiment
Si vous avez un peu de temps en plus, voici mes trois ajouts. Ils ne sont pas secrets, mais ils sont systématiquement sous-estimés.
Les hautes terres : Landmannalaugar
Accessible en été uniquement, en bus 4x4 depuis la route F208 (ou via une excursion guidée). Les rhyolites colorées, les sources chaudes naturelles où on se baigne au milieu de la montagne. C'est le seul endroit d'Islande qui m'a coupé le souffle deux fois.
Les fjords de l'Ouest
Trop loin pour un premier voyage de 7 jours. Parfait pour 10 jours. Des routes en corniche, des villages de 30 habitants, des plages de sable rouge. Personne ou presque.
Les piscines municipales
À Reykjavik, chaque quartier a sa piscine extérieure chauffée. Entrée autour de 7 à 9 €. C'est là que vous verrez de vrais Islandais, pas des touristes en combinaison. Pour moi, c'est le meilleur rapport qualité-prix culturel du pays.
Si je devais résumer pour un premier voyage
Réservez tôt. Choisissez la saison en fonction de ce que vous voulez vraiment, pas de ce que vous voyez sur Instagram. Comptez large côté budget, et prévoyez de la marge.
Et surtout : acceptez de ne pas tout voir. L'Islande ne se "coche". Elle se traverse, et elle vous résiste un peu. C'est ce qui la rend inoubliable.
Mon premier voyage m'a déçu. Pas parce que c'était moins beau que prévu. Parce que je l'avais mal préparé. Le deuxième, je l'ai fait en septembre, avec 10 jours, une bonne voiture, et zéro réservation après Jökulsárlón. C'est celui dont je me souviens encore aujourd'hui, huit ans plus tard, en écrivant ces lignes.
Une dernière chose. Avant de partir, demandez-vous pourquoi vous allez en Islande. Si c'est pour les photos, allez-y en juin. Si c'est pour vous sentir petit, allez-y en janvier. Les deux réponses sont bonnes. Elles ne mènent juste pas au même voyage.